Patrick de Carvalho
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Patrick de Carvalho 20 mai 2026 · 21 min

I/O 2026 : Google a officiellement déclaré l’ère agentique. Voici ce que ça change pour ta PME demain matin

Google a officiellement déclaré l'ère agentique. Pendant ce temps la majorité des PME françaises n'a toujours pas cartographié ses processus.

Par Patrick de Carvalho, CEO Apps Velocity

Sundar Pichai a montré hier un mur de tokens, un mur d’argent et un agent qui ne dort jamais. Pendant ce temps, la majorité des PME françaises n’a toujours pas cartographié ses processus. On a un problème, et ce n’est pas un problème d’outil.


En bref — Google a annoncé au I/O 2026 le passage à l'ère agentique : des systèmes qui exécutent des tâches de bout en bout au lieu de répondre à des questions. Les ordres de grandeur donnent la mesure du rapport de force, 3,2 quadrillions de tokens traités par mois et près de 185 milliards de dollars d'investissement annuel. Pour une PME, le verrou n'est pas l'accès à l'outil : c'est de savoir quels processus elle exécute réellement.


Acte 1 : Hier soir, dans mon canapé, avec le Kindle Scribe sur les genoux

Hier soir, 19 mai 2026, j’ai regardé Sundar Pichai ouvrir Google I/O depuis mon canapé en Île-de-France, le Kindle Scribe sur les genoux et un café qui refroidissait à côté.

Je note toujours à la main quand quelque chose change.

J’ai noté trois fois.

Première note : « 3,2 quadrillions de tokens par mois ». C’est sept fois plus que l’an dernier sur la même scène. Un token, c’est l’unité de découpe que les modèles d’intelligence artificielle utilisent pour lire et écrire (à peu près un mot court ou un fragment de mot). Quand Google annonce qu’il en traite 3,2 millions de milliards par mois, ce n’est plus une démonstration. C’est de l’industrie lourde.

Deuxième note : « CAPEX 180 à 190 milliards de dollars ». Le CAPEX (de l’anglais capital expenditure), c’est l’investissement de long terme dans les infrastructures, par opposition à l’OPEX, les dépenses courantes. Google prévoit d’investir cette année autour de 185 milliards de dollars dans ses serveurs, ses puces et ses centres de données. En 2022, c’était 31 milliards. Six fois plus en quatre ans. Pour situer, c’est l’équivalent du budget annuel de l’Éducation nationale française. Un seul groupe privé. Une seule année.

Troisième note : « Gemini Spark, agent personnel qui tourne 24h/24 sur une machine virtuelle dédiée ».

C’est cette troisième note qui m’a fait poser le stylet.

Parce que la première raconte une montée en charge. La deuxième raconte un mur d’argent. La troisième raconte autre chose : un changement de nature.

Et ce changement de nature, demain matin, va frapper la porte de toutes les PME françaises qui ont rangé l’IA dans la pile « on verra plus tard ».

C’est-à-dire la majorité d’entre elles.


Acte 2 : Ce que Pichai a vraiment annoncé (et qu’on n’a pas vu venir si on lit en diagonale)

Je vais éviter de te faire la liste exhaustive. Tu peux la trouver partout sur le web ce matin. Je vais te dire ce qui m’a vraiment fait réagir.

Pichai a annoncé deux choses, pas dix.

Première chose : l’ère agentique est officiellement déclarée.

L’agentique, c’est l’étape où l’IA ne se contente plus de répondre à des questions. Elle agit. Elle exécute des tâches en plusieurs étapes. Elle décide. Elle interroge des outils. Elle revient. Un agent IA, ce n’est plus un assistant qui te dicte un email, c’est un collaborateur logiciel qui prend l’email, vérifie ton calendrier, consulte ton CRM (logiciel de gestion de la relation client), envoie une réponse contextuelle, planifie un rappel et te briefe le lendemain matin sur ce qu’il a fait.

Pichai a mis un nom officiel sur cette bascule : Gemini Spark. Un agent personnel qui tourne 24 heures sur 24 sur une machine virtuelle dédiée dans le cloud Google. Il accède à tes outils via MCP (Model Context Protocol), un standard ouvert qui permet aux modèles d’IA de discuter avec n’importe quelle application. Tu peux le joindre depuis l’application Gemini, par email, par chat, par Chrome.

Tu lis bien : par email. Tu écris à ton agent. Il te répond comme un collègue qui aurait passé la nuit à travailler.

Ce n’est pas dans deux ans. C’est cette semaine pour les premiers testeurs aux États-Unis. Cet été pour le grand public Pro et Ultra.

Deuxième chose : Google a posé l’infrastructure qui rend ça non-réversible.

Les nouvelles puces TPU 8t et 8i (huitième génération des Tensor Processing Units, des processeurs dédiés à l’entraînement et à l’inférence d’IA, conçus en interne par Google) sont presque trois fois plus puissantes que la génération précédente, et deux fois plus efficaces en performance par watt. Un million de TPUs distribués sur la planète s’entraînent en parallèle. Antigravity 2.0, le harnais qui permet de programmer ces agents en mode autonome, est ouvert aux développeurs depuis hier. Gemini Omni Flash, le nouveau modèle multimodal, génère du texte, de l’image et de la vidéo à partir de n’importe quel type d’entrée.

Et derrière tout ça, le détail qui tue : Gemini 3.5 Flash, le modèle nouvellement sorti, coûte moins de la moitié des modèles concurrents équivalents, et tourne quatre fois plus vite.

Traduction pour le dirigeant de PME : les agents IA viennent de devenir abordables à grande échelle.

Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont gratuits. Ni qu’ils vont s’installer tout seuls dans ton entreprise. On va y venir.


Acte 3 : Pourquoi je ne suis pas surpris (et toi non plus, tu ne devrais pas l’être)

Je vais être direct.

L’agentique, ce n’est pas une nouveauté de 2026. C’est une promesse qu’on entend depuis qu’on entend parler d’IA.

Ce qui est nouveau, c’est que les pièces du puzzle sont enfin réunies en même temps : modèles assez rapides, modèles assez bons, modèles assez bon marché, protocole de communication standardisé entre IA et applications (le fameux MCP), infrastructure cloud planétaire pour faire tourner tout ça en continu.

Quand j’ai monté Beyond Coder avec Pascal Roche fin 2013, on disait déjà à nos clients qu’on irait, à terme, vers du code qui se génère à partir d’une intention métier. Pas du code à partir de spécifications techniques détaillées. Du code à partir d’une intention exprimée en langage naturel.

À l’époque, on me prenait pour un illuminé.

Pascal et moi, on était associés depuis 2006 et on cherchait, depuis sept ans déjà, comment réduire le coût d’entrée du logiciel sur mesure pour les PME. Pas pour faire joli. Parce qu’on en avait assez de voir des projets PME couler à six chiffres avec des cabinets qui livraient des PDF.

Le terme vibe coding est arrivé dans la bouche d’Andrej Karpathy en février 2025. Soit plus de dix ans après notre Beyond Coder. Le vibe coding, c’est l’idée de coder en décrivant ce qu’on veut en langage naturel et en laissant l’IA générer le code à partir de cette intention.

Je raconte cette histoire pour une seule raison, et ce n’est pas pour me donner du galon.

Les ruptures technologiques majeures ne sont jamais des surprises pour ceux qui les voient venir, et toujours des chocs pour ceux qui ne regardaient pas.

L’I/O 2026 d’hier n’est pas une surprise. C’est une confirmation.

Et la confirmation est plus dangereuse que la surprise. Parce que tout le monde va dire « oui, on le savait », et presque personne ne va bouger.


Acte 4 : Ce qui va vraiment se passer dans ta PME dans les 12 prochains mois

Maintenant que tu as le contexte, on parle de toi.

Si tu diriges une PME en France, voilà ce qui va arriver chez toi, que tu décides ou non.

D’ici trois à six mois, tes collaborateurs vont commencer à utiliser des agents IA personnels (Spark de Google, mais aussi les équivalents de ChatGPT, Claude ou Mistral) pour leur usage individuel. Ils vont leur confier des choses : leur agenda, leurs emails, des bouts de leurs dossiers clients, parfois des informations sensibles. Parfois sans même se rendre compte qu’ils transmettent des données protégées par le RGPD (Règlement général sur la protection des données).

Ils ne te demanderont pas la permission. Pas par malice. Par habitude. Comme ils ont commencé à utiliser ChatGPT en 2023 sans rien te demander.

D’ici six à douze mois, tes éditeurs SaaS (les logiciels que tu loues en ligne par abonnement, du Software as a Service) vont t’envoyer des emails enthousiastes : « Découvrez notre nouvel assistant IA intégré ». Ton CRM va se doter d’un agent. Ton logiciel de comptabilité aussi. Ton outil de gestion de projet aussi.

Tu vas te retrouver avec cinq, dix, quinze agents IA dans ton entreprise. Tous différents. Tous bien intentionnés. Aucun ne se parlant vraiment aux autres, malgré le marketing.

D’ici douze à dix-huit mois, tu vas commencer à recevoir des appels d’offres clients qui te demandent explicitement comment tu utilises l’IA dans tes processus. Pas pour faire joli sur une slide. Parce que ton propre client va lui-même être pressé par son propre marché.

Et là, deux scénarios.

Scénario A : tu as cartographié ce qui se passe vraiment chez toi avant que la machine ne s’y mette. Tu sais qui fait quoi dans ton entreprise, avec quels outils, avec quelles données, sous quelles règles. Tu peux brancher un agent IA proprement, parce que tu as un plan. Tu vas plus vite. Tu négocies tes contrats SaaS avec agents intégrés avec un vrai rapport de force, parce que tu sais ce que tu veux.

Scénario B : tu n’as pas cartographié. Tu ajoutes des agents par-dessus un existant qui n’a jamais été inventorié. Tu cumules des dépendances logicielles que personne dans l’équipe ne maîtrise. Tu paies trois abonnements pour trois agents qui font à peu près la même chose. Et quand l’un d’eux prend une décision absurde (ils en prennent, on va se le dire), personne dans ton équipe ne sait remonter le fil pour comprendre pourquoi.

Le scénario B, je l’ai vu se rejouer cinquante fois ces deux dernières années. Pas avec des agents : avec des SaaS empilés au fil des années sans jamais d’inventaire. Le résultat est le même : des factures qui grossissent et personne pour expliquer ce qu’on paie.

L’agentique va juste accélérer le phénomène.

Ce qui distingue le scénario A du scénario B n’est pas la taille de l’entreprise. Ni le secteur. Ni le budget IA. C’est une seule chose : est-ce que tu as cartographié ce qui se passe vraiment dans ton entreprise, avant que la machine ne s’y mette ?

Un agent rapide qui se trompe vite, c’est exactement ce dont tu n’as pas besoin.


Acte 5 : Le détail technique que personne ne va te raconter (mais qui change tout)

Tu as peut-être entendu parler de MCP. Si non, écoute bien, parce que c’est le détail qui rend l’ère agentique réelle, plutôt que théorique.

MCP, Model Context Protocol, c’est un standard ouvert publié par Anthropic en novembre 2024 et adopté depuis par Google, OpenAI et la plupart des grands acteurs de l’IA.

L’idée est simple.

Avant MCP, chaque IA parlait à chaque application via une intégration spécifique. Ton CRM voulait causer à ton modèle d’IA ? Il fallait une intégration sur mesure. Ton agenda voulait causer à ton modèle ? Une autre intégration. Multiplie ça par cinquante outils dans ton entreprise. C’est ingérable, et tu paies cinquante prestataires pour maintenir cinquante ponts qui se cassent à chaque mise à jour.

MCP, c’est une prise universelle. Comme le port USB pour les périphériques. N’importe quel agent IA peut se brancher à n’importe quel outil compatible MCP. Et n’importe quel outil peut exposer ses fonctions à n’importe quel agent. Une seule prise, beaucoup d’appareils.

Pichai a confirmé hier que Gemini Spark s’intégrera aux outils tiers via MCP « dans les prochaines semaines ».

Traduction concrète pour toi : dans quelques mois, Spark pourra ouvrir ton CRM HubSpot, lire ton calendrier Outlook, modifier un devis dans ton ERP (Enterprise Resource Planning, le logiciel de gestion intégré d’entreprise), envoyer un email depuis Gmail et te briefer le lendemain matin sur ce qu’il a fait. Tout seul. Sans intervention humaine intermédiaire.

Tu réalises ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que la question n’est plus « est-ce que mon entreprise est prête pour l’IA ? ». La question est devenue : est-ce que les processus de mon entreprise sont prêts pour qu’une IA y mette le nez en autonomie ?

Si la réponse est non, tu ne dois pas brancher d’agent. Pas tout de suite. Tu dois d’abord comprendre ce que font tes équipes, dans quel ordre, avec quelles données, sous quelles règles. Cartographier avant de connecter.

Sinon, tu auras un agent extrêmement compétent qui mettra le bazar à très grande vitesse dans des processus que personne ne comprenait déjà très bien.


Acte 6 : Ce que les chiffres de Pichai disent vraiment des rapports de force

Je reviens deux minutes sur les chiffres de la keynote. Pas pour t’impressionner. Pour t’aider à lire la suite.

Gemini app : 900 millions d’utilisateurs actifs mensuels. En un an, c’est passé de 400 millions à 900 millions. La courbe est verticale, et elle n’est pas en train de ralentir.

Search AI Overviews : 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels. L’AI Overview, c’est le résumé généré par IA qui s’affiche en haut des résultats Google. Tu le vois maintenant à chaque recherche sur près de la moitié des requêtes. C’est l’évolution la plus rapide de l’histoire du moteur Google.

Search AI Mode : plus d’un milliard d’utilisateurs mensuels. L’AI Mode, c’est l’expérience conversationnelle complète dans Google : tu poses une question, il dialogue avec toi, il te montre des visualisations dynamiques, des mini-tableaux de bord générés à la volée. Plus du tout des dix liens bleus.

Voici un chiffre qu’on n’entend pas dans la keynote, mais qu’on commence à voir dans les analyses indépendantes. Le recouvrement entre les sources citées par les IA (Google AI Overviews, ChatGPT, Perplexity, Claude) et les meilleurs résultats Google classiques est tombé d’environ 70 % il y a deux ans à moins de 20 % aujourd’hui (mesures Brandlight et croisements de plusieurs analyses mai 2026). Concrètement : être premier sur Google ne garantit plus du tout d’être cité par l’IA. Ce sont deux mondes qui se séparent doucement.

Trafic organique des sites web : entre -15 % et -35 % selon les secteurs depuis le déploiement massif des AI Overviews. Le clic disparaît. La citation, elle, augmente, mais elle ne génère pas la même valeur économique.

Pourquoi je te dis tout ça dans un article sur l’agentique ?

Parce que les deux phénomènes sont la même histoire vue sous deux angles.

Côté demande : l’utilisateur final ne fait plus dix recherches Google et trois clics sur ton site. Il pose une question à un agent IA. L’agent va chercher pour lui. L’agent décide quelles sources citer. L’utilisateur ne voit jamais ton site, sauf si l’agent décide qu’il faut le citer.

Côté offre : les éditeurs SaaS qui ne posent pas une couche agentique au-dessus de leurs produits vont perdre. Pas demain. Dans 18 à 24 mois. Forrester projette 576 milliards de dollars de dépenses SaaS en 2029, soit +81 % par rapport à 2024. Le SaaS ne meurt pas. Mais le SaaS qui survit en 2029 n’est pas le même que celui que tu loues aujourd’hui.

Et toi, dirigeant de PME, tu es coincé entre les deux. Tu es à la fois utilisateur d’agents (côté demande) et fournisseur de quelque chose à tes propres clients (côté offre).

Il n’y a pas de scénario où tu peux te permettre de ne pas comprendre ce qui est en train de se passer sous tes yeux.


Acte 7 : Une histoire de 1998 que tu vas trouver familière

Je vais te raconter une dernière chose, et je promets que ce n’est pas pour faire de la nostalgie d’ancien combattant.

En 1998, j’avais 24 ans. J’ai monté avec mes associés ce qu’on appelait à l’époque un kiosque de presse en ligne : planetepresse.com. L’idée : permettre d’acheter et lire des magazines et journaux français via le navigateur web, dix ans avant la généralisation du Kindle et quinze ans avant les liseuses grand public.

On était en avance. Beaucoup trop en avance, en réalité.

Mais surtout, on avait un problème que personne ne savait nous résoudre à l’époque : personne ne pouvait nous trouver sur Internet.

Le moteur de référence en 1998, c’était AltaVista. Yahoo aussi, en mode annuaire humain. Google existait depuis quelques mois et était encore un projet de deux étudiants de Stanford. Le mot SEO (Search Engine Optimization, optimisation pour les moteurs de recherche) n’existait pas dans le vocabulaire courant. On parlait de « référencement », et c’était une bouillie d’astuces opaques vendues par des intermédiaires en cravate.

Un jour, on a reçu la visite d’un commercial. Mallette. Présentation imprimée. Il nous a vendu, sur facture, une « campagne de référencement Internet » à 30 000 francs (environ 7 000 € de l’époque, pour une boîte qui faisait son premier million de chiffre d’affaires).

Il nous a vendu de la peur. Il nous a dit, mot pour mot : « Sans nous, vous n’existerez pas sur le web ».

On a payé. On a perdu six mois. On a fini par comprendre seuls comment le web fonctionnait vraiment, et on s’en est sortis. Mais le chèque, lui, ne nous a jamais été remboursé.

Depuis, je reconnais ce commercial à dix kilomètres.

Il est encore là, en 2026, sous une autre forme. Aujourd’hui, il te vend des « solutions IA clé en main », des « formations vibe coding express » sur deux jours, des « audits IA » à 15 000 € qui débouchent sur un PowerPoint de 80 slides que personne ne relira jamais.

Ce n’est pas que l’IA est une arnaque. L’IA est l’opportunité d’une décennie, peut-être de notre génération.

C’est que la peur est en train d’être vendue exactement comme en 1998. Et l’antidote à la peur, ce n’est jamais une dépense réflexe. C’est de la lucidité, posée à froid, par toi, dans ton entreprise, avec tes équipes.


Acte 8 : Ce que tu peux faire dès lundi matin (et qui ne coûte rien)

Je termine sur du concret. Sans CTA déguisé. Sans appel à l’action à sept points avec des cases à cocher.

Voilà ce que tu peux faire toi-même, dès lundi matin, sans dépenser un euro :

Réunir tes responsables d’équipe pendant 90 minutes. Pas plus. Tu poses une seule question : « Si je vous demandais demain de me dire ce que votre équipe fait vraiment au quotidien, processus par processus, est-ce que vous pourriez ? ». Si la réponse est « euh, à peu près », tu as ton point de départ. Tu ne peux pas brancher d’agent IA proprement sur du « à peu près ».

Lister tes 10 processus métier les plus consommateurs de temps. Pas tes 100 processus. Tes 10. Ceux qui mangent les semaines de tes équipes. Facturation, relance client, devis, planification, reporting, recrutement, support, ce que tu veux. Mais 10, pas plus, pas moins.

Pour chacun, te poser cette question : « Est-ce que je serais à l’aise pour qu’une IA agentique exécute ce processus à ma place, en toute autonomie, pendant un mois entier ? ». Si la réponse est non, comprends pourquoi. C’est exactement là que se loge ta marge de manœuvre pour les 12 prochains mois.

Choisir un seul processus pour expérimenter sur 30 jours. Pas trois. Pas cinq. Un. Avec un objectif chiffré (par exemple : « réduire de 40 % le temps passé sur cette tâche, à qualité égale »). Avec une fin de période claire pour évaluer le résultat sans complaisance.

T’abonner à au moins deux sources d’information IA indépendantes. Pas Google. Pas OpenAI. Pas le blog marketing des éditeurs. Des analystes, des chercheurs, des praticiens. Pour te faire ton propre filtre et ne plus dépendre du seul récit officiel des éditeurs.

C’est tout.

Ces cinq étapes, tu peux les faire toi-même, sans personne d’extérieur. Sans cabinet. Sans formation à 5 000 €. Et tu auras déjà fait plus de chemin que 80 % des dirigeants de PME français qui croient « être en train de regarder l’IA ».


Acte 9 : La conclusion qui n’est pas une conclusion

Sundar Pichai a dit hier, dans la keynote, une phrase qui m’a fait sourire. « We’re now in the part of the AI cycle where people want to see the value in the products they use every day ». Ce qui se traduit, en français : « Nous sommes maintenant dans la partie du cycle de l’IA où les gens veulent voir la valeur dans les produits qu’ils utilisent au quotidien ».

Il a raison. Et il a tort en même temps.

Il a raison parce que oui, l’enthousiasme des early adopters ne suffit plus. Il faut désormais de la valeur tangible, mesurable, défendable devant un comité de direction. Le temps des démos magiques est terminé.

Il a tort parce que pour qu’il y ait de la valeur dans une entreprise, il faut d’abord qu’il y ait de la lucidité sur ce qu’on y fait vraiment. Et la lucidité ne se commande pas avec un abonnement Ultra à 19,99 $ par mois.

La lucidité, c’est une décision de dirigeant. C’est s’asseoir avec ses équipes et regarder ses processus tels qu’ils existent, pas tels qu’on les raconte. C’est accepter que les fondations ne soient pas glamour, mais qu’elles soient ce sur quoi tout le reste va tenir. C’est tester en petit avant de déployer en grand. C’est arrêter ce qui ne marche pas et amplifier ce qui marche.

Google a déclaré l’ère agentique hier. Très bien.

Le canal change à chaque décennie. Le contrat, lui, n’a jamais changé : comprends ce que tu fais avant d’accélérer ce que tu fais.

Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.

Patrick de Carvalho


FAQ

Qu'est-ce que l'ère agentique ?

C'est le passage d'une IA qui répond à une IA qui exécute. Un agent poursuit un objectif en enchaînant des décisions et des actions, sans qu'un humain valide chaque étape. La différence avec un chatbot n'est pas de degré, elle est de nature : l'un produit du texte, l'autre produit un résultat.

C'est quoi un token, concrètement ?

Un token est l'unité de découpe que les modèles utilisent pour lire et écrire, à peu près un mot court ou un fragment de mot. Google a annoncé en traiter 3,2 quadrillions par mois, soit sept fois plus qu'un an plus tôt sur la même scène. Ce n'est plus une démonstration, c'est de l'industrie lourde.

Combien Google investit-il, et pourquoi ce chiffre compte ?

Autour de 185 milliards de dollars de CAPEX en 2026, contre 31 milliards en 2022. Le CAPEX, de l'anglais capital expenditure, désigne l'investissement de long terme dans les infrastructures, par opposition aux dépenses courantes. Six fois plus en quatre ans, pour un seul groupe privé : c'est l'ordre de grandeur du budget annuel de l'Éducation nationale française.

Faut-il changer d'outils pour en profiter ?

Non, et c'est le contresens le plus répandu. Le verrou n'est pas l'accès à la technologie, qui est déjà dans les outils que tu utilises. Le verrou est de savoir quels processus ton entreprise exécute réellement, dans quel ordre, avec quelles données. Un agent ne peut automatiser que ce qui a été décrit.

Par où commencer dans une PME ?

Par la cartographie, pas par l'achat. Prends une semaine de ton activité, note ce qui se répète, ce qui se transmet par mail, ce qui attend une validation. Tu obtiens la liste des candidats à l'automatisation avant d'avoir dépensé un euro.

Le référencement est-il mort avec les réponses génératives ?

Non, il mute. Ce qui meurt est l'équation rang égale clic : les réponses générées par IA répondent sans envoyer de visite. La conséquence pratique est qu'il faut désormais viser la citation dans la réponse autant que la position dans la liste, ce qui suppose un contenu structuré, sourcé et daté.


Sources

  • Sundar Pichai, I/O 2026: Welcome to the agentic Gemini era, blog officiel Google, 19 mai 2026. blog.google/innovation-and-ai/sundar-pichai-io-2026/
  • Anthropic, Model Context Protocol specification, version initiale novembre 2024 et mises à jour 2025-2026.
  • Andrej Karpathy, intervention publique sur le « vibe coding », février 2025.
  • Forrester, SaaS Spending Forecast 2024-2029, projection à 576 milliards de dollars en 2029.
  • Brandlight et croisements d’analyses indépendantes, AI citation overlap with Google top results, données consolidées mai 2026.
  • Similarweb, Zero-click search trends, mesures mai 2024 et mai 2025.
  • BrightEdge, AI Overviews coverage of search queries, données mai 2026.
  • Growth Memo, AI Overview citation position, avril 2026.

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