Le contribuable français paie la recherche, les Américains gardent le brevet
Quand le patron de Mistral AI parle de vassalité devant les députés, ce n'est pas une figure de style. Les chiffres lui donnent raison, et au-delà.
Par Patrick de Carvalho, CEO Apps Velocity
Dossier spécial : Choose France, Crédit Impôt Recherche, énergie nucléaire. Anatomie d'une vassalité consentie.
Par Patrick de Carvalho
« Dans l'IA, la France doit agir maintenant pour ne pas devenir un vassal. » Arthur Mensch, directeur général de Mistral AI, devant les députés, mai 2026.
Quand le patron du seul champion français de l'intelligence artificielle emploie le mot « vassal » devant la représentation nationale, ce n'est pas une figure de style. C'est un constat de terrain. Et je vais passer les prochaines pages à vous montrer, chiffres en main, qu'il a raison, et même qu'il est en dessous de la vérité.
Je ne suis pas ingénieur. Je construis des entreprises dans la tech depuis trente ans sans avoir jamais écrit une ligne de code de production. Mon métier, c'est de lire ce que la technologie fait aux comptes, aux territoires et au rapport de force entre les nations. Et ce que je lis dans l'actualité de ce mois de juin 2026 me met en colère. Pas une colère de slogan. Une colère de chiffres.
En 1998, j'ai lancé l'un des premiers kiosques de presse en ligne en France. À l'époque, le débat n'était pas la souveraineté numérique, c'était de savoir si Internet était une mode. J'ai vu, de l'intérieur, comment une vague technologique redistribue les cartes du pouvoir économique en quelques années. J'ai vu des positions dominantes acquises pour des décennies basculer parce qu'un acteur avait compris avant les autres où se logeait la vraie valeur. Et la leçon que j'en ai tirée, celle que je répète depuis, c'est que dans chaque rupture technologique, il y a ceux qui possèdent l'actif stratégique et ceux qui se contentent de le louer. Les premiers gagnent. Les seconds paient.
Aujourd'hui, à l'ère de l'intelligence artificielle, l'actif stratégique a un nom triple : les cerveaux, l'énergie, la donnée. Et je vais vous montrer comment la France, qui possède les trois, est en train de les céder un à un à des acteurs qui n'en possédaient aucun au départ.
En bref — La France finance la recherche en IA par le Crédit Impôt Recherche, brade son électricité décarbonée aux centres de données étrangers, et laisse partir ses données publiques vers des acteurs qui n'ont ni financé ni produit ces actifs. Les trois leviers de la puissance à l'ère de l'IA sont cédés en même temps, et chacun l'est par un choix politique, pas par une fatalité économique.
Acte 1 : Salesforce à Grenoble, ou la mécanique invisible
Commençons par un cas concret, parce que c'est là que tout devient limpide.
Salesforce est l'éditeur américain de logiciels de gestion de la relation client, le CRM (Customer Relationship Management, le logiciel qui pilote la relation entre une entreprise et ses clients). Siège à San Francisco. Capitalisation de plusieurs centaines de milliards de dollars. Ce groupe possède en France deux centres de recherche et développement : un à Grenoble, ouvert en 2013, un second à Paris. Des chercheurs y travaillent sur la plateforme du groupe et sur des fonctionnalités avancées de recherche et d'intégration.
Voilà une excellente nouvelle, dira-t-on. Un géant américain qui fait de la recherche sur le sol français, qui emploie des ingénieurs français, qui muscle notre écosystème. Et c'est vrai. Je ne vais pas le nier, ce serait malhonnête, et l'honnêteté est la seule chose qui rende un réquisitoire crédible.
Mais regardons la mécanique de plus près, celle dont personne ne parle dans les communiqués triomphants.
Quand Salesforce, ou Google, ou Microsoft, ou Amazon, installe un centre de R&D en France et y emploie des chercheurs, ce groupe a légalement droit au Crédit Impôt Recherche. Le CIR n'est pas réservé aux entreprises françaises. Les structures étrangères peuvent y prétendre dès lors qu'elles ont une activité imposable en France et qu'elles y mènent des travaux de recherche éligibles, à condition que les dépenses soient engagées sur le territoire. C'est écrit, c'est légal, c'est documenté.
Concrètement, l'État français rembourse 30 % des dépenses de R&D de ces filiales sous le seuil de 100 millions d'euros. Le premier poste de ces dépenses, c'est la masse salariale des chercheurs et ingénieurs, souvent 60 à 80 % de l'assiette. Traduction sans filtre : une partie du salaire des ingénieurs français qui travaillent pour Salesforce est payée par le contribuable français.
Et maintenant, la question qui dérange, celle qui est le cœur de ce dossier. Ces ingénieurs français, formés gratuitement par les écoles de la République, payés en partie par l'impôt français, produisent quoi exactement ? Des brevets, du code, de la propriété intellectuelle. Et cette propriété intellectuelle, à qui appartient-elle ? Au siège. À San Francisco. Elle ne reste pas en France. Elle traverse l'Atlantique à la vitesse d'un transfert intragroupe, et elle va nourrir la valorisation boursière d'une entreprise qui, le moment venu, vendra ses logiciels aux entreprises françaises au prix fort.
La France paie la recherche. Les Américains gardent le brevet. C'est la phrase qui résume tout, et c'est exactement ce que j'ai mis en titre.
Acte 2 : le Crédit Impôt Recherche, radiographie d'une niche devenue hors de contrôle
Pour comprendre l'ampleur de la chose, il faut regarder le dispositif en face, sans les éléments de langage de Bercy.
Le Crédit Impôt Recherche est né en 1983. À l'origine, l'idée est noble et même brillante : récompenser les entreprises qui augmentent leur effort de recherche, pour combler le retard français en innovation privée. Pendant vingt ans, le mécanisme est incrémental, il récompense l'effort supplémentaire. Logique. Vertueux.
Puis vient la réforme de 2008, sous Nicolas Sarkozy. Le CIR bascule en volume : on ne récompense plus l'effort supplémentaire, on rembourse 30 % de toute la dépense de R&D sous 100 millions d'euros, et 5 % au-delà. Le changement paraît technique. Il est en réalité sismique.
Les chiffres parlent. La créance fiscale du CIR passe de 1,8 milliard d'euros en 2007 à 4,45 milliards en 2008, l'année même de la réforme. Puis elle ne cesse de grimper : 6,8 milliards en 2018, 7,2 milliards en 2023, 7,65 milliards en 2024. La Cour des comptes chiffre le manque à gagner à 8,06 milliards d'euros en 2025. En appliquant l'ancienne convention de calcul, la Cour estime même que le coût cumulé atteindrait des sommets historiques.
Retenez ce chiffre : huit milliards d'euros par an. C'est, depuis 2023, la dépense fiscale la plus coûteuse de l'État français. Plus coûteuse qu'aucune autre niche. Huit milliards qui ne rentrent pas dans les caisses publiques chaque année, dans un pays qui cherche désespérément des économies budgétaires et qui ferme des lits d'hôpitaux.
Et où va cet argent ? C'est là que le scandale commence vraiment.
Acte 3 : qui touche les huit milliards
Le CIR a été vendu aux Français comme un soutien à l'innovation. À l'innovation de tout le monde : la start-up de Montpellier, la PME industrielle de Vendée, le laboratoire de biotech de Lyon. Dans les discours, le CIR aide les petits qui inventent l'avenir.
Dans les faits, c'est l'inverse.
Les cinquante premières entreprises bénéficiaires du CIR concentrent à elles seules près de 45 % du dispositif. Les 200 premières en captent les deux tiers. Selon la Commission nationale d'évaluation des politiques d'innovation, la CNEPI, qui dépend de France Stratégie, les 10 % de bénéficiaires les plus importants perçoivent 77 % du montant total. Et selon le dernier rapport détaillé disponible, les grandes entreprises, au nombre de 492, ont perçu 48 % du CIR à elles seules.
Pendant ce temps, les PME, qui représentent autour de 80 % des bénéficiaires en nombre de dossiers, ne touchent qu'environ un tiers des montants. Plus de 10 000 entreprises, soit la moitié des bénéficiaires, se partagent un tiers de la créance. Les miettes pour la multitude, le gros gâteau pour une poignée de géants.
Cette concentration n'est pas un accident. Elle est inscrite dans la conception même du dispositif. Le plafond de dépenses éligibles se calcule société par société, et peut donc être cumulé au sein d'un groupe. En pratique, les grands groupes répartissent leurs dépenses de R&D entre plusieurs filiales pour limiter l'application du taux réduit de 5 % et maximiser le taux plein de 30 %. C'est de l'ingénierie fiscale pure, accessible uniquement à ceux qui ont les armées de fiscalistes pour la pratiquer. Une PME n'a pas cette capacité. Un géant mondial, si.
Je précise, parce que je refuse la facilité : une grande partie de ces gros bénéficiaires sont des groupes français. Sanofi, Stellantis, les acteurs de la défense et de l'aéronautique. Le CIR n'est pas un robinet réservé aux Américains. Mais le mécanisme qu'il installe, lui, est exactement celui qui favorise les acteurs les plus gros et les plus internationaux, ceux qui ont les moyens d'optimiser. Et parmi eux, les filiales des géants américains figurent en bonne place, parce que les États-Unis sont, de loin, le premier pourvoyeur étranger d'emplois en France, avec plus de 504 000 emplois, devant l'Allemagne et la Suisse.
Reprenons ma leçon de 1998. Dans chaque rupture, il y a ceux qui possèdent l'actif et ceux qui le louent. Le CIR, dans sa conception actuelle, est une machine à transférer de l'argent public vers ceux qui possèdent déjà tout : la taille, les fiscalistes, les positions dominantes. Il devait être un tremplin pour les petits qui inventent. Il est devenu une rente pour les gros qui dominent. C'est l'inverse exact de son intention fondatrice, et cette inversion ne s'est pas faite par hasard. Elle s'est faite parce que la réforme de 2008 a transformé un dispositif incitatif en dispositif de volume, et que le volume, par définition, profite à ceux qui ont le plus gros volume.
Huit milliards d'euros par an. La question n'est pas de savoir si la recherche mérite d'être soutenue, elle le mérite. La question est de savoir si nous soutenons la recherche, ou si nous engraissons des marges. Les chiffres répondent : nous engraissons des marges, et de plus en plus celles d'acteurs dont le centre de gravité n'est pas en France.
Acte 4 : l'effet d'aubaine, ou l'arnaque intellectuelle du dispositif
Voici maintenant le concept que tout dirigeant et tout citoyen devrait avoir en tête. Je le définis simplement.
Un effet d'aubaine, c'est quand l'État paie une entreprise pour faire quelque chose qu'elle aurait fait de toute façon, sans la subvention. L'argent public ne déclenche aucune décision nouvelle. Il vient juste gonfler une marge déjà existante.
Le rapport de la CNEPI de 2021, commandé par France Stratégie, est sans appel sur ce point. Pour les TPE et les PME, le CIR a un effet réel et mesurable : un million d'euros de CIR génère environ 1,165 brevet chez les petites entreprises, contre seulement 0,464 chez les grandes. Un rendement deux fois et demie supérieur pour les petites. Quand on regarde les brevets de haute qualité, dits triadiques, l'écart se creuse encore.
Pour les grandes entreprises, en revanche, le rapport pointe un effet de seuil dévastateur : elles bénéficient d'un taux de subvention élevé sur des investissements qui auraient été réalisés indépendamment du CIR. Autrement dit, sur la partie la plus coûteuse du dispositif, celle captée par les géants, l'argent public ne crée pas de recherche supplémentaire. Il subventionne après coup une recherche qui se serait faite de toute manière.
Ce n'est pas moi qui le dis dans un excès militant. C'est inscrit noir sur blanc dans une question écrite à l'Assemblée nationale : le CIR est principalement utilisé par les grands groupes, au sein desquels il représente un puissant effet d'opportunité qui ne se traduit pas par une augmentation significative des efforts de recherche. Le législateur lui-même le sait. Et il ne change rien.
Un géant mondial a, par nature, l'obligation de faire de la R&D pour survivre. Salesforce ferait de la recherche avec ou sans CIR, parce que sans recherche, Salesforce meurt. La subvention française ne change pas sa décision d'investir. Elle améliore juste son résultat net. Nous subventionnons la rentabilité d'entreprises qui n'ont aucun besoin de nous pour exister.
Acte 5 : le coup de grâce, le CIR n'attire même pas ce qu'il prétend attirer
On nous a vendu le CIR comme un aimant à R&D étrangère. La France serait devenue, grâce à sa fiscalité généreuse, le pot de miel des laboratoires du monde entier.
C'est faux. Et c'est la CNEPI, encore, qui le démontre.
Le CIR n'a pas réussi à enrayer la baisse d'attractivité du site France pour la R&D des multinationales étrangères. La part de ces dernières dans la dépense de recherche nationale est même tombée de 22,6 % en 2005 à 19,6 % en 2016, avec un désintérêt particulièrement marqué des grands groupes technologiques américains, qui ont massivement investi ailleurs en Europe.
Lisez bien, parce que cette phrase démonte deux mensonges d'un coup.
Premier mensonge, l'officiel : le CIR attirerait la R&D étrangère. Faux, la part étrangère a baissé.
Second mensonge, celui que j'aurais pu commettre moi-même par facilité : les Américains viendraient en France d'abord pour le CIR. Faux aussi. Les entretiens menés par la CNEPI auprès des dirigeants montrent que les aides publiques ne sont pas le facteur déterminant de localisation de la R&D. Ce qui compte vraiment, c'est l'accès aux talents et aux écosystèmes d'innovation.
Et voilà où le réquisitoire devient implacable. Les géants américains ne viennent pas en France pour le CIR. Ils viennent pour nos cerveaux. Et une fois qu'ils sont là, captant nos cerveaux, ils encaissent le CIR par-dessus le marché, comme un bonus. Nous ne les attirons pas avec l'argent. Nous leur donnons l'argent en prime, alors qu'ils seraient venus de toute façon chercher nos ingénieurs. C'est le pire des deux mondes.
Acte 6 : le second robinet, l'énergie que nous bradons
Le CIR n'est que le premier étage de la fusée. Le second, révélé en pleine lumière par le sommet Choose France de ce mois de juin 2026, est encore plus stratégique. Il s'agit de l'énergie.
Le 1er juin 2026, au château de Versailles, Emmanuel Macron a annoncé un montant record : 93 milliards d'euros d'investissements étrangers, plus de 15 000 emplois attendus, à travers 71 annonces. À lui seul, ce millésime dépasse la somme des huit éditions précédentes de Choose France, qui cumulaient 87 milliards depuis 2018.
Le morceau de roi, c'est SoftBank, le géant japonais de l'investissement technologique : 45 milliards d'euros fléchés vers des centres de données dans les Hauts-de-France d'ici 2031. Ajoutez Brookfield, le canadien, pour les infrastructures numériques. Le fonds émirati MGX avec Bpifrance, 7,5 milliards pour un site de calcul. Amazon, des sites logistiques. Salesforce, 2 milliards de dollars pour son cloud.
Un centre de données est un entrepôt de serveurs qui fait tourner le cloud et l'intelligence artificielle. Ces machines ont une caractéristique : elles dévorent de l'électricité. Et c'est ici que la France joue sa carte maîtresse, celle qu'aucun autre grand pays européen ne possède.
La France dispose d'une électricité décarbonée, abondante et bon marché, grâce à son parc nucléaire. C'est le différenciateur structurel français face à l'Allemagne, qui paie son électricité bien plus cher depuis qu'elle a fermé ses centrales. Cette électricité nucléaire, payée et construite par des décennies d'investissement public français, est devenue l'aimant qui attire les centres de données du monde entier.
Les chiffres de l'appétit donnent le vertige. La consommation électrique des centres de données français a bondi de 38 % en trois ans, selon l'Arcep, l'autorité de régulation des communications électroniques. Les usages liés à l'IA, qui n'en représentaient que 2 % de la demande en 2021, pourraient en atteindre près de 90 % d'ici 2030. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, fait face à environ 14 gigawatts de demandes de raccordement pour ces seuls projets. Si toutes aboutissaient, leur consommation grimperait à environ 80 térawattheures par an, soit huit fois plus qu'aujourd'hui. RTE en a d'ailleurs fait sa priorité numéro un d'investissement réseau, avec un programme chiffré à 100 milliards d'euros sur dix ans.
Cent milliards d'euros d'argent public pour adapter le réseau électrique français afin d'alimenter, en priorité, les serveurs des géants étrangers. Vous avez bien lu.
Acte 7 : l'étau sur Mistral, ou comment on étrangle son propre champion
C'est ici que le réquisitoire atteint son point le plus douloureux, et le plus inattaquable, parce que c'est une question d'arithmétique physique.
L'électricité d'un réseau, à un instant donné, est une ressource finie. Chaque gigawatt de capacité de raccordement attribué à un hyperscaler américain ou à un fonds étranger est un gigawatt qui n'ira pas à un acteur français. Le réseau ne se dédouble pas par magie. C'est un jeu à somme nulle à court terme.
Or pendant que SoftBank pose 45 milliards d'euros et capte des capacités massives dans les Hauts-de-France, regardez l'échelle à laquelle se bat notre champion national.
Mistral AI, la seule entreprise française capable de rivaliser avec OpenAI et les modèles américains, a dû lever 830 millions de dollars de dette en mars 2026 pour financer son premier centre de données sur le sol français, doté de 13 800 processeurs graphiques Nvidia. La capacité de ce premier site : 44 mégawatts. L'objectif de Mistral pour 2027 : 200 mégawatts à travers l'Europe. Pour 2030 : un gigawatt, soit l'équivalent de la production d'une seule centrale nucléaire.
Comparez. Un gigawatt visé par Mistral pour 2030. Quatorze gigawatts de demandes de raccordement déjà sur la table de RTE, dont l'essentiel pour des acteurs étrangers. Le champion français se bat pour grappiller, mégawatt par mégawatt, une fraction de ce que les géants étrangers obtiennent en une seule annonce à Versailles.
Le directeur technique de Mistral le dit sans détour : la puissance de calcul et sa pénurie constituent pour eux un sujet de préoccupation. Le dimensionnement des infrastructures d'IA dépend désormais autant de l'accès à l'électricité que de la disponibilité des puces. Et nous, que faisons-nous de cette électricité, notre seul avantage compétitif réel ? Nous la déroulons en tapis rouge devant ceux qui écraseront Mistral demain.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Les centres de données géants que nous alimentons aujourd'hui vont entraîner les modèles d'IA américains qui domineront le marché mondial. Une fois cette domination installée, quelle place restera-t-il pour une alternative française ou européenne ? Nous finançons, avec notre énergie et nos subventions, l'écrasement de notre propre capacité à exister dans l'IA.
Il faut nommer ce que les économistes appellent le coût d'opportunité : la valeur de ce qu'on aurait pu faire avec une ressource, et qu'on ne fera pas parce qu'on l'a engagée ailleurs. Cent milliards d'euros d'investissement réseau pour raccorder en priorité les centres de données étrangers, c'est cent milliards qui ne renforcent pas en priorité notre industrie, nos transports électriques, notre propre filière IA. Quatorze gigawatts de capacité fléchés vers des serveurs dont les bénéfices remonteront à des sièges étrangers, c'est autant de capacité qui n'irait pas à la réindustrialisation française, alors même que RTE prévoit une hausse massive de la consommation électrique nationale d'ici 2035 dans un scénario de réindustrialisation ambitieux.
Nous sommes en train de pré-allouer notre avenir énergétique, notre ressource la plus stratégique pour les trente prochaines années, à des usages qui ne consolident pas notre souveraineté mais la diluent. Et nous le faisons au moment précis où cette énergie devient le facteur limitant de la course mondiale à l'IA. L'électricité décarbonée française est, en 2026, l'équivalent de ce qu'était le pétrole au vingtième siècle : un actif géostratégique. On ne brade pas un actif géostratégique. On le réserve, on le négocie, on en fait un levier de puissance. La France, elle, le distribue en fanfare à Versailles.
Acte 8 : la souveraineté de la donnée, le verrou final
Et même si Mistral réussissait, même si l'énergie suivait, resterait le verrou le plus profond : la donnée.
Les trois premiers fournisseurs mondiaux de cloud sont américains, et leur domination n'est pas une impression, c'est un chiffre. Au troisième trimestre 2025, selon le Synergy Research Group, Amazon Web Services détient 29 % du marché mondial, Microsoft Azure 20 % et Google Cloud 13 %, soit 63 % à eux trois sur un marché de 107 milliards de dollars. En France, le verrou est encore plus serré : une étude Markess relevait dès 2022 qu'AWS y pèse à lui seul environ 46 % de parts de marché, ne laissant qu'autour de 20 % à l'ensemble des fournisseurs français, européens et autres. Nos plus grandes entreprises sont déjà arrimées : BNP Paribas, Renault et EDF ont fait d'Azure leur cloud de référence, quand Canal+, Air France-KLM, Accor ou Michelin comptent parmi les clients français d'AWS. L'État lui-même n'y échappe pas. Le problème n'est pas seulement commercial, il est juridique. Une donnée hébergée chez un acteur américain, même stockée physiquement en France, reste exposée au droit américain extraterritorial, qui permet à Washington d'en exiger l'accès. Nos données de santé, nos secrets industriels, nos dossiers administratifs peuvent ainsi relever d'une juridiction qui n'est pas la nôtre.
Ce n'est pas une hypothèse de juriste, c'est une affaire d'État documentée. En 2019, la France confie l'hébergement du Health Data Hub, l'entrepôt qui centralise les données de santé de 67 millions de Français, à Microsoft Azure. Sans appel d'offres. Le choix déclenche aussitôt une polémique, et la Commission nationale de l'informatique et des libertés, la CNIL, refuse d'autoriser le transfert global des données de l'Assurance maladie vers cette plateforme, au nom du risque d'accès par les autorités américaines. Le dossier s'enlise sept ans. Il faut une loi de 2024, imposant un hébergement « garanti souverain » pour les données sensibles de l'État, puis une procédure de sélection, pour qu'en avril 2026 le gouvernement confie enfin ces données à Scaleway, filiale française du groupe Iliad.
Cet épisode dit deux choses à la fois. D'abord l'ampleur de la dépendance : il aura fallu sept ans pour rapatrier les données de santé d'une nation entière. Ensuite le levier décisif, le label SecNumCloud délivré par l'agence française de cybersécurité, qui exige qu'un hébergeur ne soit soumis à aucune législation extra-européenne. Ce seul critère exclut d'office Microsoft, Amazon et Google, quelle que soit la localisation de leurs serveurs. La souveraineté de la donnée n'est donc pas un vœu pieux. C'est une norme qui existe, qui fonctionne, et qu'il suffit d'appliquer. Encore faut-il le vouloir, et ne pas attendre sept ans.
La donnée, à l'ère de l'IA, n'est pas un sous-produit. C'est le carburant. Les modèles s'entraînent sur elle pour progresser, et qui contrôle les flux de données contrôle la matière première de l'IA de demain. Nous laissons pourtant cette matière s'écouler vers des infrastructures étrangères, tout en finançant par notre énergie et notre CIR les acteurs qui la raffineront.
Voilà la chaîne complète de la vassalité. Nous formons les ingénieurs. Nous payons une part de leur salaire par le CIR quand ils servent les géants américains. Nous fournissons l'électricité nucléaire qui alimente leurs centres de données. Et nos données elles-mêmes échappent à notre contrôle.
Cerveaux, énergie, argent public, données. Nous donnons les quatre. Que gardons-nous ?
Acte 9 : l'objection honnête, et pourquoi elle ne suffit pas
Je dois maintenant donner la parole à la défense, parce qu'un réquisitoire qui n'affronte pas les objections n'est qu'un prêche.
Première objection : ces investissements créent des emplois. C'est vrai, mais regardons lesquels. 93 milliards d'euros pour 15 000 emplois, cela fait un emploi pour environ 6 millions d'euros investis. Pour des projets industriels classiques, ce ratio serait jugé catastrophique. La raison tient à la nature des centres de données : à surface équivalente, un entrepôt logistique emploie 300 à 400 personnes, un centre de données entre 15 et 20. Un chercheur a calculé un ratio d'un emploi pour 24 millions d'euros investis dans un centre de données. Et les promesses sont souvent gonflées : un sénateur de l'Essonne a relevé qu'en Seine-Saint-Denis, sur 1 600 postes annoncés par les promoteurs, 500 seulement auraient été réellement créés.
Les opérateurs rétorquent, à juste titre, que ces emplois sont de qualité : pérennes, locaux, non délocalisables, à 80 % en CDI. C'est exact. Souder une fibre optique ne se fait pas à distance. Mais on ne compense pas la disparition de 700 emplois industriels par la création de quelques dizaines d'emplois de maintenance. À La Courneuve, là où une usine employait 700 personnes, le centre de données qui a pris sa place en emploie quelques dizaines.
Deuxième objection : Salesforce, en s'installant, crée un écosystème français de clients, de partenaires, de développeurs, et donc de la valeur locale. C'est vrai aussi. Je ne prétends pas que ces géants ne laissent rien. Je pose la question du solde net. Quand on additionne l'électricité bradée, le CIR encaissé, les ingénieurs captés, la propriété intellectuelle qui repart et les données qui échappent, et qu'on soustrait les quelques milliers d'emplois et l'écosystème local, le solde penche-t-il vraiment en faveur de la France ? Je n'ai pas la preuve mathématique du contraire. Mais personne, à Bercy ou à l'Élysée, n'a la preuve du sens inverse. Et c'est précisément le problème : on annonce des milliards comme des victoires sans jamais calculer ce que la nation possède au bout du compte. Un investissement n'est pas une bénédiction par son montant. Il l'est par ce qu'il laisse derrière lui une fois les caméras parties et les rubans coupés. Or de ce solde-là, personne ne parle, parce qu'il est moins glorieux qu'un chiffre record affiché sur un pupitre à Versailles.
Troisième objection, la plus sérieuse : même notre champion dépend des Américains. Le campus d'IA de Bruyères-le-Châtel, présenté comme un fer de lance de la souveraineté française, repose sur une coentreprise associant Nvidia, Mistral, Bpifrance et le fonds émirati MGX. Les partenaires internationaux apportent le capital et les puces, les acteurs français garantissent l'ancrage et la conformité au RGPD, le règlement européen sur la protection des données. Même Mistral tourne sur des processeurs Nvidia, entreprise américaine. La souveraineté est partielle, et il faut le dire. Mais cette objection ne plaide pas pour l'abandon. Elle plaide pour l'urgence. Si même notre meilleur atout est à moitié dépendant, alors chaque mégawatt, chaque euro de CIR, chaque décision de localisation que nous offrons aux géants au lieu de les réserver à nos acteurs aggrave un retard déjà critique.
Acte 10 : ce n'est pas une fatalité, c'est un choix
J'en arrive à ma conclusion, et elle tient en une distinction que je veux graver dans l'esprit de chaque dirigeant et de chaque responsable politique qui me lira.
La France n'est pas pillée. On ne pille pas un pays qui vend volontairement. Nous facturons notre électricité, nous encaissons de l'impôt, nous signons chaque accord en pleine conscience. Le mot « pillage » serait faux, et un mot faux fait s'effondrer une démonstration vraie.
La France n'est pas non plus une colonie. Une colonie n'a pas le choix et ne peut pas légiférer contre l'occupant. Nous, nous pouvons décréter un moratoire sur les centres de données demain matin, c'est d'ailleurs l'un des scénarios étudiés par l'Ademe. Nous pouvons recentrer le CIR sur les PME, c'est proposé chaque année au Parlement. Nous pouvons réserver des capacités de raccordement prioritaires à nos champions. Nous avons tous les leviers.
Ce que nous sommes, c'est ce que le patron de Mistral a osé nommer devant les députés : des vassaux. Et la vassalité, contrairement au pillage ou à la colonisation, est un statut volontaire. Le vassal a prêté allégeance. Il a choisi. Et ce qu'un choix a fait, un autre choix peut le défaire.
Nous avons construit, en deux décennies, un attelage parfait au service des intérêts des géants américains. Le CIR leur rembourse la recherche que nos cerveaux produisent. Notre nucléaire alimente les machines qui entraîneront les IA destinées à écraser les nôtres. Nos clouds dépendent de leurs infrastructures. Et nous célébrons tout cela, chaque mois de juin, sous les ors de Versailles, comme une victoire de l'attractivité française.
L'attractivité n'est pas une fin. Attirer des milliards ne veut rien dire si la richesse créée repart aussitôt. La vraie question n'a jamais été « combien ont-ils promis ». La vraie question, la seule, c'est : « que possède la France au bout du compte ». Et sur cette question, aujourd'hui, le compte n'y est pas.
Il est encore temps. Les leviers sont entre nos mains. Mais il faut cesser de confondre le volume des annonces avec la création de valeur, et le tapis rouge avec la stratégie. Une nation qui brade son seul avantage compétitif, son énergie, tout en subventionnant la rentabilité de ceux qui la domineront, ne fait pas de l'attractivité. Elle organise sa propre dépendance.
Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends. La France, là, est en train d'apprendre une leçon coûteuse. À elle de décider si elle en tire les conséquences, ou si elle retourne à Versailles l'an prochain applaudir le prochain record.
Ce que les dirigeants peuvent en tirer, concrètement
Ce dossier n'est pas qu'une analyse macroéconomique. Il porte une leçon directement actionnable pour tout dirigeant de PME ou d'ETI qui me lit.
La vassalité nationale est la somme de milliers de vassalités d'entreprises. Chaque fois qu'une entreprise française confie l'intégralité de sa donnée, de son IA et de son infrastructure à un acteur dont le siège et la propriété intellectuelle sont ailleurs, elle reproduit à son échelle le schéma que je viens de décrire. Elle loue sa capacité de calcul, elle nourrit un modèle qu'elle ne contrôle pas, et elle se rend dépendante d'une technologie dont elle ne possède rien.
La stratégie inverse existe. Elle consiste à utiliser l'IA comme un multiplicateur de votre propre expertise, pas comme une dépendance. À garder le contrôle de votre donnée. À construire une valeur que vous possédez, au lieu de la louer. C'est exactement le travail que je mène avec la méthodologie RAPID, conçue pour les dirigeants qui veulent déployer l'IA sans devenir vassaux de qui que ce soit.
Si ce dossier vous a mis en colère autant qu'il m'a mis en colère en l'écrivant, transformons cette colère en stratégie. Pour vos équipes, pour votre écosystème, pour votre territoire.
Stratégie IA pour dirigeants : rapid.appsvelocity.com Conférences IA : patrickdecarvalho.com/fr/conferences
Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends.
FAQ
Qu'est-ce que le Crédit Impôt Recherche ?
Le Crédit Impôt Recherche, ou CIR, est une réduction d'impôt sur les sociétés accordée aux entreprises qui engagent des dépenses de recherche et développement en France. Il couvre 30 % des dépenses éligibles sous 100 millions d'euros, et 5 % au-delà. C'est la principale niche fiscale française : 8,06 milliards d'euros en 2025, contre 4,45 milliards en 2008, l'année de sa réforme.
Une filiale de groupe étranger peut-elle toucher le CIR ?
Oui. Le critère d'éligibilité est le lieu où la recherche est conduite, pas la nationalité de la maison mère. Une filiale française d'un groupe américain qui fait de la R&D sur le territoire y a droit au même titre qu'une entreprise française. Aucune statistique publique ne ventile toutefois les montants par nationalité de la maison mère : ce dossier ne chiffre donc pas cette part.
Le CIR attire-t-il réellement la recherche étrangère en France ?
Les travaux d'évaluation disponibles ne le montrent pas. La part de la France dans la recherche mondiale est passée de 22,6 % en 2005 à 19,6 % en 2016, sur la période même où le dispositif triplait. Le rapport de France Stratégie et les analyses du Sénat concluent à un effet d'aubaine massif sur les grands groupes, c'est-à-dire au financement public d'une recherche qui aurait eu lieu de toute façon.
Qui touche vraiment les huit milliards ?
La concentration est le fait marquant. Les 10 % de bénéficiaires les plus importants perçoivent 77 % du montant total, et les grandes entreprises captent 48 % du dispositif à elles seules. À l'inverse, 80 % des bénéficiaires en nombre de dossiers ne se partagent qu'une fraction minoritaire de l'enveloppe.
Pourquoi l'énergie est-elle devenue un enjeu de souveraineté pour l'IA ?
Parce qu'un centre de données, l'entrepôt de serveurs qui fait tourner les modèles d'IA, consomme énormément d'électricité et crée très peu d'emplois par euro investi. La consommation électrique des centres de données français a progressé de 38 % en trois ans selon l'Arcep. La France attire ces implantations avec une électricité décarbonée et bon marché, sans contrepartie sur la propriété des modèles entraînés.
Qu'est-ce que le Cloud Act et en quoi concerne-t-il les données françaises ?
Le Cloud Act est une loi américaine qui permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'une entreprise américaine l'accès à des données qu'elle détient, y compris stockées hors du territoire américain. Comme Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud représentent ensemble 63 % du marché mondial, la question ne relève pas de l'hypothèse théorique mais du contrat en cours.
Concrètement, que peut faire un dirigeant de PME ?
La vassalité nationale est la somme de milliers de vassalités d'entreprises. À l'échelle d'une PME, la parade tient en trois décisions : savoir où vivent vos données et sous quel droit, utiliser l'IA comme multiplicateur de votre expertise plutôt que comme dépendance, et construire une valeur que vous possédez au lieu de la louer.
Sources
Choose France 2026 (annonces, montants, emplois)
- Euronews, « 9ᵉ sommet Choose France : 93 milliards d'euros d'investissements » (1er juin 2026) : https://fr.euronews.com/next/2026/06/01/9-sommet-choose-france-emmanuel-macron-annonce-93-milliards-deuros-dinvestissements
- Journal du Net, « Le sommet Choose France 2026 atteint un record de 93 milliards d'euros » : https://www.journaldunet.com/business/action-publique/1550801-le-sommet-choose-france-2026-atteint-un-record-de-93-milliards-d-euros-d-investissements-etrangers/
- LSA Conso, « Choose France 2026 : Amazon, DHL, Salesforce, le récap des investissements » : https://www.lsa-conso.fr/choose-france-2026-amazon-dhl-salesforce-le-recap-des-investissements-des-acteurs-du-e-commerce,466027
- Historique des éditions du sommet : dossiers de presse, ministère de l'Europe et des Affaires étrangères : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/choose-france-2025_cle8f4161.pdf
Coût, histoire et concentration du CIR
- Sénat, rapport « Remboursements et dégrèvements », PLF 2024 (coût 2024, concentration) : https://www.senat.fr/rap/l23-128-327/l23-128-3278.html
- Sénat, même rapport PLF 2025 : https://www.senat.fr/rap/l24-144-327/l24-144-32710.html
- Cour des comptes, évaluation « Renforcer l'impact du CIR » (rendement comparé TPE / grandes entreprises) : https://www.ccomptes.fr/fr/plateformes-citoyennes/plateforme-evaluations-politique-publique/explorer-evaluations/renforcer
- Observatoire de la justice fiscale (Attac), sur le rapport de la Cour des comptes 2025 (coût 8,06 Md€) : https://obs-justice-fiscale.attac.org/actualites/article/la-cour-regle-ses-comptes-aux-niches-fiscales
- Fondation IFRAP, « Pourquoi vouloir la peau du CIR ? » (coût 2024, historique) : https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/pourquoi-vouloir-la-peau-du-credit-impot-recherche-cir
- Direction générale du Trésor, évaluation de la réforme de 2008 : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2021/09/20/evaluation-de-la-reforme-du-credit-impot-recherche-de-2008
- Sénat, historique de création (loi de finances 1983) : https://www.senat.fr/rap/r09-493/r09-493_mono.html
Effet d'aubaine et attractivité de la R&D étrangère
- CNEPI / France Stratégie, « Évaluation du Crédit d'impôt recherche » (juin 2021) : https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2021/0601%20CNEPI/fs-2021-rapport-cnepi-cir-juin.pdf
- NEOMA Business School, « R&D Strategies and Business: the limited impact of Research Tax Credit » : https://neoma-bs.com/news/rd-strategies-and-business-the-limited-impact-of-research-tax-credit/
- Assemblée nationale, amendement pointant l'effet d'opportunité pour les grands groupes (PLF 2025) : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/0324A/CION_FIN/CF1334.pdf
CIR et entreprises étrangères, cas Salesforce
- Cadre légal d'éligibilité au CIR, source primaire : impots.gouv.fr, « Puis-je prétendre au crédit impôt recherche ? » : https://www.impots.gouv.fr/professionnel/questions/puis-je-pretendre-au-credit-impot-recherche
- Centres de R&D Salesforce à Grenoble (2013) et Paris : https://www.alliancy.fr/salesforce-ouvre-un-deuxieme-centre-de-rd-en-france ; https://www.frenchweb.fr/salesforce-va-investir-22-milliards-de-dollars-en-france-sur-5-ans/322973
- Insee, emploi sous contrôle étranger 2022 (504 300 emplois liés aux États-Unis) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8285656
Énergie, centres de données et emploi
- RTE, « Data centers : 11 chiffres sur leur essor en France » : https://www.rte-france.com/bases-electricite/consommation-electricite/essor-data-centers-france
- AFP via Connaissance des énergies, « Data centers en Île-de-France : gourmands en mégawatts, avares en emplois » (1er juin 2026) : https://www.connaissancedesenergies.org/afp/data-centers-en-ile-de-france-gourmands-en-megawatts-avares-en-emplois-260601
- France 3 Île-de-France, ratio emploi et investissement : https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/yvelines/data-centers-en-ile-de-france-ces-geants-du-numerique-creent-ils-reellement-de-l-emploi-3360721.html
Mistral AI, souveraineté et énergie
- Usine Digitale, « Un gigawatt de capacité d'ici 2030 » (déclaration « vassal » d'Arthur Mensch) : https://www.usine-digitale.fr/intelligence-artificielle/mistral-ai/un-gigawatt-de-capacite-dici-2030-mistral-ai-accelere-sa-croissance-europeenne-en-se-positionnant-comme-un-fournisseur-dinfrastructures-souveraines.OOVRRZXB5ZG3ZFEGXTZ63SB56E.html
- Maddyness, levée de dette 830 M$ et premier centre de 44 MW : https://www.maddyness.com/2026/03/30/mistral-ai-securise-830-millions-de-dollars-en-dette-pour-exploiter-son-premier-centre-de-donnees-en-france/
- Actualitté, alerte de Mistral à la Commission européenne sur l'énergie et les données : https://actualitte.com/article/129666/acteurs-numeriques/mistral-alerte-l-ue-sur-l-electricite-et-les-donnees-cles-de-la-concurrence-en-ia
Parts de marché du cloud (domination américaine)
- Synergy Research Group via LeMagIT, « AWS, Azure et GCP détiennent les deux tiers du marché » (T3 2025) : https://www.lemagit.fr/actualites/366634687/Cloud-AWS-Azure-et-GCP-detiennent-les-deux-tiers-du-marche
- ChannelNews, parts de marché T3 2025 (AWS 29 %, Azure 20 %, Google 13 %) : https://www.channelnews.fr/cloud-aws-perd-des-parts-de-marche-au-troisieme-trimestre-152524
- La Revue du Digital, étude Markess sur le marché français (AWS ~46 %) : https://www.larevuedudigital.com/le-marche-du-cloud-concentre-en-france-entre-amazon-microsoft-et-google/
- Silicon, Benchmarks IT 2026, références clients françaises d'Azure et AWS : https://www.silicon.fr/business-1367/les-benchmarks-de-lit-2026-les-plateformes-cloud-hybride-multicloud-souverain-226714
Souveraineté de la donnée, cas Health Data Hub
- Usine Digitale, « Adieu Microsoft, Scaleway nouvel hébergeur de la Plateforme des données de santé » (avril 2026) : https://www.usine-digitale.fr/souverainete/souverainete-numerique-adieu-microsoft-scaleway-va-devenir-le-nouvel-hebergeur-de-la-plateforme-des-donnees-de-sante-des-francais.NQ6547FIANFI7ATVDC7DXQ7EFA.html
- Boursorama / AFP, migration des données de santé vers Scaleway (23 avril 2026) : https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/les-donnees-de-sante-francaises-vont-quitter-les-serveurs-de-microsoft-pour-le-cloud-souverain-scaleway-b085c08f090edcec03e39fcb1c9ff230
- KultureGeek, sur le label SecNumCloud et l'exclusion des acteurs américains : https://kulturegeek.fr/news-346809/donnees-sante-france-abandonne-microsoft-preferant-cloud-souverain
Note méthodologique
Aucune statistique publique ne ventile le montant du CIR par nationalité de la maison mère des bénéficiaires. Ce dossier affirme donc que les filiales de groupes étrangers, américains compris, sont éligibles au CIR et en bénéficient au titre de leur R&D conduite en France (fait établi), sans avancer de montant chiffré par nationalité (donnée non publiée).
Les investissements en infrastructure et logistique annoncés à Choose France ne sont pas, en tant que tels, éligibles au CIR : le CIR concerne les seules dépenses de recherche et développement. Ce dossier traite ces deux mécanismes comme deux leviers distincts d'une même dynamique de dépendance, sans les confondre.